The Loser
L'auteur autrichien Thomas Bernhard était un maître de l'exagération. Il aurait lui-même affirmé qu'il ne pouvait ni ne voulait exagérer. Et pourtant, ses textes regorgent d'exagérations artistiques, d'intensifications et d'exigences démesurées. Dans de longs flots de pensées, le narrateur du roman de Bernhard, *Der Untergeher*, revient sur les relations qui ont marqué sa vie. Ses souvenirs puissants donnent l’impression d’une tentative de chasser le désespoir de son âme. « Où est l’endroit où je peux tenir le coup ? », demande *Der Untergeher*. Comment puis-je m’accommoder de moi-même ? Et quand ai-je dépassé le moment où l’avenir s’offrait encore à moi ? Le compositeur David Lang reprend ces questions dans sa performance solo pour baryton, *The Loser*. Sa musique fait sans cesse s’effondrer la colère de Bernhard et fait ressortir son incertitude. Les questions restent les mêmes. Naturellement, nous n’attendons pas de réponses. Elles n’existent pas. Et pourtant, nous écoutons, fascinés, ces cris et ces appels à l’aide. Nous avons nous-mêmes cruellement besoin de soutien.