Future Forest - Quels sont les sons d'une forêt en mutation ? (ABO 4)
Notre forêt bruie, gazouille, clapote et goutte – et pourtant, la plupart de ses sons échappent à l'oreille humaine. La compositrice Kirsten Reese et la géobotaniste et écoacousticienne Dr Sandra Müller, de l’Université de Freiburg, ont tendu l’oreille : à l’aide d’hydrophones placés dans les cours d’eau, de capteurs souterrains enfouis dans le sol et de microphones spéciaux fixés sur les troncs d’arbres. Pendant des mois, voire des années, des enregistreurs installés dans des zones de recherche de la Forêt-Noire, du Solling et de la Schorfheide ont enregistré toutes les dix minutes une minute de sons – une mémoire acoustique à long terme du paysage qui s’étend bien au-delà de ce que l’oreille humaine peut percevoir.
Mais cette mémoire évolue. L’écoacoustique rend audible ce que les mesures seules ne révèlent pas : le son d’un écosystème lorsqu’il est mis sous pression – et le moment où il bascule. La forêt, à mi-chemin entre nature sauvage et sylviculture, n’est pas un état stable, mais un processus comportant des seuils qui ne se révèlent comme tels qu’avec le recul. À partir de quand une forêt est-elle encore une nature sauvage, et à partir de quand n’est-elle plus qu’une ressource ? Les archives à long terme de ces enregistrements permettent justement de rendre cela audible : non pas le tournant dramatique, mais le glissement imperceptible – ce moment où quelque chose a irrémédiablement changé.
En collaboration avec l’Ensemble Recherche, cela a donné naissance à une composition spatiale en douze scènes. Les hauteurs et les rythmes ont été extraits des enregistrements, les données de recherche ont été sonorisées, les formes sonores ont été reproduites lors de sessions avec les musiciennes et musiciens – autant de processus de traduction variés qui rendent audible l’inaudible. Les musiciennes et musiciens de l’ensemble ont ainsi développé leurs propres modes d’expression, proches de la nature : des voix animales oscillant entre imitation et invention. L’art et la science posent les mêmes questions : que représente la forêt pour nous ? Pouvons-nous tirer des leçons de sa résilience – ou n’y prêterons-nous attention que lorsqu’il sera trop tard ?